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La verrerie en pays mosan, Le Val St Lambert



Combien fut judicieux, en décembre 1825, le choix du village de Seraing près Liège pour y implanter les Cristalleries du Val-Saint-Lambert!

se trouvaient réunis un certain nombre d'avantages appréciables d'ordre géographique et technique, y compris, dans la même région, des matériaux indispensables aux verriers, tels de bons calcaires, à Flémalle, et des usines à plomb.

Replacée dans son cadre historique et économique, la passionnante histoire de ce qui fut la plus grande cristallerie au monde nous fait remonter aux sources mêmes du cristal contemporain, créé par la Grande-Bretagne à la fin du XVIIe siècle, et imité avec succès à travers l'Europe au début du XIXe siècle. Au pays de Liège, comme ailleurs, les anciennes fournaises de verre fin subissent alors pleinement la loi de la fabrication du cristal au plomb où, avant le Val-Saint-Lambert, Vonêche, sous le Premier Empire français, s'impose sans rival à l'échelle européenne continentale.

Les débuts à Vonêche. C'est en effet à Vonêche, dans l'actuelle province de Namur, que doivent être recherchées les origines des cristalleries du Val, alors que se distinguait le plus grand maître verrier de la première moitié du XIXe siècle, le Français AIMÉ-GABRIEL D'ARTIGUES (1778-1848). Ancien directeur de Saint-Louis, propriétaire de l'établissement de Vonêche (fermé en 1830), d'Artigues ne fut-il pas à la fois le créateur de Baccarat, comme cristallerie, et le patron sinon le maître en technique des deux fondateurs du Val, Français eux aussi, FRANÇOIS KEMLIN (1784-1855) et AUGUSTE LELIÈVRE (1796-1879)?

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les rapports verriers entre le pays de Liège, le Namurois et le Hainaut furent multiples, ainsi que l'atteste si parfaitement l'activité d'ALEXANDRE AMIABLE (né à Seraing, le 5 juillet 1832-1902), qui avait débuté à l'âge de neuf ans dans l'ancienne verrerie d'Avroy à Liège. Pour se perfectionner, cet excellent verrier quasi itinérant travailla dans diverses verreries belges et étrangères et participa àl'Exposition de Paris en 1867. En octobre 1870, aidé de quelques amis, il s'établit maître de verrerie en montant à Jambes sa propre installation, dans des conditions modestes et avec un outillage simple. Néanmoins, sa petite fabrique prospère, et c'est en vue de son agrandissement qu'il la transfère à Chênée (1873).

Rayonnement du Val-Saint-Lambert. Mais c'est le Val qui, d'une manière régulière et assurée, renforce son potentiel technique et artistique pour atteindre deux points d'orgue: l'époque s'étendant de 1880 à 1914 et qui comprend l'attachante période Art Nouveau; l'entre-deux-guerres où s'insère, d'une part, la production orientée par les Arts Déco et que marque, d'autre part, l'exceptionnelle personnalité artistique de CHARLES GRAFFART (1893-1967).

Pendant le plus grand moment du Val-Saint-Lambert, le premier cité, l'usine serésienne connaît un extraordinaire âge d'or. En dehors du vaste siège social du Val dont les installa- tions s'étendaient sur une superficie de 75 hectares, avec 45 hectares de surface bâtie, trois établissements avaient été rattachés au Val en tant que divisions: ceux d'Herbatte et de Jambes, dans la province de Namur, et celui de Jemeppe-sur-Meuse. Le pays de Liège, avec le Val, est alors pleinement et sans concurrence possible, le fief belge de la cristallerie.

Quelque 5.000 membres de personnel et des installations techniques de premier ordre auxquelles l'Allemagne et la Grande-Bretagne rendent hommage, réalisent une production ressortissant à des spécialités et à des qualités très diverses: cristaux unis et taillés, guillochés, pantographiés, gravés à la roue, à l'acide et au sable, de même que décorés à l'émail; opalines peintes; services de table richement ornés ou simplement moulés; articles à usage domestique, surtout pour la table, mais aussi pour la toilette, le bureau (encriers, presse-papiers), le culte (bénitiers, burettes et plateaux) et l'éclairage (depuis les simples réflecteurs jusqu'aux lustres, en passant par les cheminées de lampes). Ce vaste assortiment était encore complété par des lentilles pour la marine et des articles pour le bâtiment.

À ce large éventail de produits répondait une gamme variée de techniques de décoration, ainsi que cela se devait pour satisfaire les goûts et les besoins de clientèles multiples, dispersées dans le monde, et dont le credo esthétique allait du plus traditionnel à l'avant-garde. À côté de la gravure et de la peinture, la taille dite 'riche', appelée aussi 'américaine', nettement profonde et liée à un décor particulièrement envahissant, connaît la faveur. Le Val déploie ses prouesses techniques dans des œuvres parfaites par la qualité de la matière, soit claire, soit doublée de couleur, avec comme motifs ornementaux principaux des entrecroisements géométriques et des étoiles combinées avec des palmettes stylisées.

Au Val, la virtuosité technique se manifeste aussi dans des pièces de prestige, dont le célèbre vase des Neuf Provinces qui figura à l'Exposition universelle d'Anvers en 1894.

Les conquêtes commerciales du Val, qui a atteint le faîte de sa puissance, sont de plus en plus largement développées à travers le monde. Maints dépôts et agences implantés sur les cinq continents contribuèrent à la distribution d'une des productions artistiques verrières parmi les plus fortes et les plus diversifiées. Ils aidèrent à imposer de par le monde l'énorme assortiment des produits du Val, commandés, en dehors de l'Europe occidentale, par de nombreux pays tels la Russie, les Indes, le Canada, les États-Unis, la Chine, le Japon, l'Australie, ... Pour le Proche-Orient, la Turquie, l'Afrique du Nord et l'Inde étaient mis sur le marché des articles qui, par le type ou le décor, pouvaient s'harmoniser avec les traditions de ces pays. À l'intention de l'Amérique du Sud, alors un gros client, fut édité en 1907 un album consacré aux services de table, une spécialité du Val-Saint-Lambert à travers toute son histoire.

À côté d'une production orientée dans la voie traditionnelle propre aux grandes cristalleries les techniques 'riches' de décor, la taille et la gravure surtout, répondaient au goût de clientèles fidèles, le Val tint à illustrer des tendances artistiques modernes, tout particulièrement celles de l'Art Nouveau, à la jonction des deux siècles.

La belle aventure de l'Art Nouveau a été partagée, plus qu'on ne l'a cru, par les cristalleries du Val-Saint-Lambert. Nous nous devons même d'affirmer qu'elles ont aidé à l'implantation et au développement de ce style d'une manière qui surclasse celle des autres grandes cristalleries européennes demeurées plus indifférentes, sinon étrangères, au mouvement rénovateur de l'art verrier.

Au cours de cette période, courte mais féconde, les tentatives d'assimilation stylistiques par le Val furent menées par des artistes comme LÉON LEDRU et les frères MULLER, l'un et les autres des Français au service du Val, et le grand orfèvre bruxellois PHILIPPE WOLFERS, auteur de remarquables verres-bijoux, sans omettre le lien avec les tenants belges de l'ArtNouveau à l'échelle mondiale: Henry Van de Velde, Victor Horta et Serrurier-Bovy, un Liégeois.

Dès la fin de la Première Guerre mondiale, dans la nuit même du 11 novembre 1918, un premier four était rallumé, mais les longues années de guerre avaient diminué le potentiel de la main-d'œuvre et la fermeture des marchés de la Russie, des Balkans et de l'Allemagne avait aggravé le désarroi consécutif au conflit mondial. L'effort de relèvement du Val fut spectaculaire : en 1919 déjà , 90 % de l'activité d'avant-guerre étaient retrouvés.De nouveau, les exportations couvrent une grande partie du monde et le Val se réimpose dans la production de services de table en cristal, unis, taillés, gravés, guillochés, pantographiés ou dorés. En même temps, il fait face aux besoins nés de l'extension prise par l'électricité et il répond aux exigences multipliées en matière d'éclairage en lumière artificielle parla production de dalles et de tuiles en verre. Concurremment, il met sur le marché un verre spécial, le boromica, destiné surtout à la fabrication d'instruments de laboratoire. Toutes les anciennes techniques de décor qui avaient déjà fait leurs preuves continuent à satisfaire la clientèle: la fluogravure et le fluoval, la métallisation par la galvanoplastie, la peinture à l'émail, la gravure à l'acide et au jet de sable, la gravure à la roue, encore utilisée pour les monogrammes et les couronnes, ainsi que la taille gravure. L'essentiel de la production continue à se référer à deux catalogues parus, l'un en 1908 et consacré aux pièces diverses en cristal, l'autre édité en 1913, relatif à la moulure.

Le Val-Saint-Lambert va occuper de nouveau la scène de l'avant-garde : à l'Exposition des Arts décoratifs de Paris en 1925, il est largement représenté par quelque soixante pièces doublées ou en cristal clair à taille profonde tout à fait engagées dans l'esprit nouveau, répertoriées sous l'étiquette A.D.P. (= Arts décoratifs de Paris). Si la taille garde la faveur, elle marque une tendance à la simplification et à une meilleure adaptation à la structure des pièces. JOSEPH SIMON (1874-1960) est le chef de file de cette nouvelle manière à laquelle souscrivent aussi CHARLES GRAFFART et LÉON LEDRU (1855-1926).

Un an après l'Exposition des Arts décoratifs de Paris, en juin 1926, le Val célébrait son centenaire par des fêtes grandioses auxquelles le prince Léopold de Belgique fut convié. La situation est encore remarquablement prospère: pour assurer leur pleine production normale, soit 5.000.000 de pièces par année dont 90 % sont exportés, quatre usines fonctionnent, avec leur quatorze fours de seize creusets et une armée de 4.000 ouvriers, encadrés de 20 chefs de service et de 250 employés. De plus, la distribution à l'étranger est facilitée par des agences pourvues d'une salle d'exposition, à Paris, Londres, Berlin et New York.


Difficultés... Mais bientôt, la grande dépression économique de 1930-1935 commence à se faire menaçante. Fabricant de produits de luxe (services de table et cristaux d'ornemen- tation) pour une part importante, le Val n'échappe pas à cette crise dont la hausse des tarifs douaniers et la fermeture de certains marchés furent deux des causes déterminantes. Cette crise des années 1930, marquée par le chômage et la dangereuse réduction des moyens de production, pèsera sur tout l'ave- nir économique du Val. En novembre 1930, par suite de la raréfaction des commandes, sur les quatorze fours en activité pour les quatre usines, un four de moulure et un autre de cristal sont éteints. L'année suivante, la fabri- cation est arrêtée à Jambes.

C'est dans un contexte économique qui ne cesse de se détériorer que se développent les efforts du Val dans la voie de la création artistique. Et cette situation préoccupante sera suivie d'un autre drame, la Seconde Guerre mondiale. Il va sans dire que ce nouveau conflit fut néfaste à une cristallerie qui se consacrait pour une part notable à une production de luxe et dont les exportations constituaient la source principale de rentrées .

Dès la fin des hostilités, le Val manifeste sa volonté de réintégrer son rang privilégié dans le concert des grandes cristalleries européennes. Il s'essaya à reconquérir sa position sur les marchés étrangers, se donna pour tâche de reconstituer sa main-d'œuvre spécialisée et veilla à sa modernisation au niveau technique. Tous ces efforts portèrent leurs fruits: en 1947, la production était revenue presque à ce qu'elle était en 1938.

Les tendances esthétiques sont orientées par CHARLES GRAFFART, devenu le chef du service des créations, et par son successeur, RENÉ DELYENNE. Le renouveau du vitrail entre 1951 et 1970, et les confrontations avec les modes artistiques pleinement contemporaines témoignent d'un heureux dynamisme qui se veut en harmonie avec le goût contemporain. Pendant l'époque contemporaine, le dévelop- pement de la verrerie et de la cristallerie artistiques en Belgique et, grâce au Val, dans le monde a été avant tout une affaire du pays wallon où, à des titres divers mais particulièrement dans le verre plat à l'échelle mondiale, le Hainaut tint un rôle essentiel. C'est pour la Wallonie un des plus beaux titres de gloire.

li faut regretter que les conditions économiques actuelles aient mis en veilleuse cette activité extraordinaire.

Joseph PHILIPPE.


ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE:

L'ouvrage de JOSEPH PHILIPPE, Le Val-Saint-Lambert , ses cristalleries et l'art du verre en Belgique, Liège, 1980, contient pp. 364-371, une très riche bibliographie qui dispensera le lecteur de se reporter à d'autres travaux. Le plan de la bibliographie donnera une idée congrue du bénéfice que le chercheur peut en retirer: - Archives consacrées aux Cristalleries du Val-Saint-Lambert et aux origines de la verrerie et de la cristallerie en Belgique; Ouvrages de référence consacrés au Val- Saint-Lambert; Albums et prix courants du Val-Saint- Lambert ; quelques références bibliographiques sur la verrerie artistique et populaire en pays mosan.

 

 

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